Jeanine Miravette est arrivée
avec son époux François à Rustiques en 1960. A l’âge de 93 ans,
sans chercher ses mots, avec aisance, elle raconte l’histoire de sa
famille.
Peu de gens le savent au village, ses origines sont
polonaises. Transitant par la Tchécoslovaquie et l’Allemagne, son
père, Piotr Kordek, a quitté le Nord de l’Europe en 1922, sa mère
Maria Koziol, en 1928.
La France dans l’entre deux guerres avait
besoin de main d’œuvre. A Charleville Mézières, le père trouve
un emploi dans une charbonnerie. Elle naît à Pontoise en 1930. Dans
la ville de Gouvieux, l’exode des belges qui passent devant sa
porte, puis un appel par haut-parleur demandant aux enfants, aux
femmes, aux personnes âgées de quitter le village, persuadent la
famille qui se sent en insécurité de quitter l’Oise en 1940. Un
trajet en bus les mène à Creil, puis en train jusqu’à Bram.
Dans
ce camp de réfugiés se retrouvent beaucoup de personnes de
nationalités diverses, les Polonais sont nombreux. Des papiers leur
sont fournis pour une destination inconnue, pour eux c’est
Labastide d’Anjou dans une ferme. Son père rejoint la famille un
mois après. Plus tard, il exerce son métier de bûcheron à Arques.
Ils quittent la Haute Vallée, et souhaitent revenir dans l’Oise.
Le chef de gare de Carcassonne les prévient, si vous partez vous
serez arrêtés avant d’y arriver. Pendant 8 jours, dans cette
gare, les Kordek
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François Miravette et son épouse Jeanine
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dorment dehors, la nuit elle pose sa tête sur sa
valise. La famille, au gré des emplois agricoles, s'installe dans
plusieurs villages en terre d’Aude, comme Ventenac Cabardès ou
Ferran, près de Belvèze du Razès.
Quelques années après, à Alairac elle rencontre
François, d’origine espagnole, venu en France dans sa toute petite
enfance. La petite blonde d’origine nordique est séduite par le
brun d’origine hispanique, ils se marient en 1955. François
devient régisseur de la belle propriété du Château de Rustiques
au service de la famille De
Brunelis. Ils y vivent heureux.
Jeanine Miravette, c’est une mère, une
grand-mère, une arrière-grand-mère comblée,par ses petits
amours Léna, Nathan, Elio, Lola. Elle adore les enfants. Ses voisins
de la route de Laure, ses amis apprécient sa compagnie, ses petites
histoires, sa gentillesse, sa fraîcheur d’esprit, autant de
qualités mises en avant en cette journée d’hommage aux femmes.
H.R.